Publié le 16 janvier 2026

Votre facture d’électricité a bondi de 30% en deux ans. Vos marges fondent. Et vous ne comprenez toujours pas pourquoi la ligne « acheminement » représente un tiers du montant total. C’est frustrant. Pourtant, des leviers concrets existent pour reprendre le contrôle sur ce poste de charges fixes. Ce guide pratique sur l’électricité restaurant vous donne les clés pour agir dès cette semaine.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en gestion énergétique personnalisé. Les tarifs et conditions mentionnés évoluent régulièrement. Consultez un courtier en énergie ou votre fournisseur pour une analyse adaptée à votre situation.

Où part réellement l’électricité dans votre restaurant

Selon les données ADEME relayées par Collectif Énergie, la consommation d’un restaurant atteint 250 kWh/m² par an. Pour un établissement de 150 m², cela représente 37 500 kWh annuels. Pas négligeable.

La répartition par poste révèle des priorités claires. La cuisson totalise plus d’un tiers des besoins énergétiques. Le froid suit avec environ 25% de la consommation totale. Ventilation, éclairage et lavage se partagent le reste.

Équipements les plus énergivores de votre restaurant

  • Chambres froides positives et négatives : fonctionnement 24h/24, pics de consommation à chaque ouverture
  • Fourneaux et plaques de cuisson électriques : appels de puissance élevés pendant le service
  • Hottes et systèmes de ventilation : extraction continue pendant les heures d’activité
  • Lave-vaisselle professionnels : cycles intensifs entre 50 et 80°C
  • Éclairage salle et cuisine : souvent allumé 12 à 14 heures par jour
Tableau électrique professionnel avec compteur numérique dans un local technique

Dans mon accompagnement de restaurateurs, je constate que le froid représente le poste le plus sous-estimé. Une chambre froide mal réglée ou dont les joints sont usés peut consommer 40% de plus qu’un équipement optimisé. Vérifiez vos températures de consigne. Souvent, 2°C de moins suffisent pour la conservation sans gaspiller d’énergie.

Choisir le bon contrat : options tarifaires et fournisseurs

Le choix de votre option tarifaire détermine directement le coût du kWh. Trois formules principales existent : Base (prix unique), Heures Pleines/Heures Creuses (HP/HC), et horosaisonnière pour les plus gros consommateurs. Chaque profil de restaurant appelle une option différente.

Je suis catégorique sur ce point : choisir son option tarifaire au hasard revient à jeter de l’argent. Un restaurant ouvert uniquement le midi n’a pas les mêmes besoins qu’une brasserie fonctionnant en continu.

Les critères de choix dépendent de trois facteurs : vos horaires d’ouverture, la part de consommation nocturne (froid), et votre capacité à décaler certains usages vers les heures creuses.

Option tarifaire recommandée selon votre profil de restaurant
Type d’établissement Option recommandée Justification
Brasserie continue (midi + soir) HP/HC Froid nocturne rentabilise les heures creuses
Restaurant midi uniquement Base Consommation concentrée hors heures creuses
Saisonnier (3-6 mois/an) Horosaisonnière Abonnement modulé selon période d’activité
Fast-food forte amplitude HP/HC Volume nocturne significatif (ventilation, froid)

Attention : quand le passage en HP/HC vous coûte plus cher. Dans mon accompagnement de restaurants indépendants servant 50 à 150 couverts quotidiens, l’erreur la plus fréquente reste le maintien d’une option Base alors que le profil de consommation serait compatible avec les Heures Pleines/Heures Creuses. Le surcoût constaté varie de 8 à 15% sur la facture annuelle. Ce constat est limité aux établissements disposant d’équipements de froid fonctionnant en continu. L’économie réelle dépend des horaires d’ouverture et des plages heures creuses de votre zone.

Bonne nouvelle : la CRE propose une baisse moyenne de 15% des tarifs réglementés au 1er février 2025, établissant le prix à 239€ TTC/MWh contre 281€ précédemment. C’est le moment de renégocier.

Changer de fournisseur ne prend pas des mois. Voici les délais moyens constatés pour les profils professionnels C4/C5 en France métropolitaine :

  • Demande de devis auprès des fournisseurs ou d’un courtier
  • Réception et comparaison des offres
  • Signature du nouveau contrat
  • Traitement administratif par le nouveau fournisseur
  • Bascule effective sans coupure

Un mois. C’est tout. Pour approfondir l’optimisation globale de vos locaux, consultez les ressources sur l’efficacité énergétique des bâtiments professionnels.

Optimiser le TURPE : le levier méconnu des restaurateurs

Le TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité) représente la part de votre facture reversée à Enedis pour l’acheminement. Ce n’est pas négociable avec votre fournisseur. Mais il est optimisable.

30%

Part du TURPE dans votre facture d’électricité professionnelle

Selon le guide TURPE 2025 d’EDF Solutions Solaires, ce tarif d’acheminement représente environ 30% de la facture TTC des professionnels. Une hausse de 7,7% s’applique au 1er février 2025 pour compenser les déficits de la crise énergétique. Autant dire que chaque euro compte.

Trois « versions d’utilisation » existent : courte, moyenne et longue. Ce choix détermine la répartition entre coût fixe (abonnement) et coût variable (consommation). Comme le précise Selectra dans son analyse pour les professionnels, choisir la bonne version est un levier stratégique selon votre profil de consommation.

Salle de restaurant moderne avec luminaires LED et grandes fenêtres laissant entrer la lumière naturelle

Étude de cas : restaurant traditionnel banlieue lyonnaise

Profil : 80 couverts/jour, cuisine équipée mixte gaz/électrique. Facture annuelle initiale : 42 000€ HT. Problème identifié : puissance souscrite surdimensionnée (100 kVA au lieu de 72 kVA nécessaires) et version TURPE inadaptée. Le contrat avait été reconduit tacitement sans analyse depuis 2019. Résultat après audit : économie annuelle de 4 800€ grâce à l’ajustement de la puissance et au changement de version TURPE. Chaque situation nécessite une analyse spécifique par un courtier ou conseiller énergie.

Sur le terrain, la réalité est souvent la même. Les restaurateurs signent un contrat à l’ouverture, puis n’y touchent plus pendant des années. Or votre profil de consommation évolue : nouveaux équipements, changement d’horaires, rénovation cuisine. Chaque évolution peut justifier un réajustement.

Actions terrain pour réduire la facture sans toucher à la qualité

Réduire la consommation ne signifie pas baisser la température des chambres froides au risque de compromettre la chaîne du froid. Il s’agit d’éliminer les gaspillages invisibles. Ceux qui ne servent ni vos clients ni votre cuisine.

L’erreur que je rencontre le plus souvent ? Des équipements laissés en veille toute la nuit alors qu’un simple programmateur coûte moins de 30€. Ou des hottes qui tournent à pleine puissance même en dehors des services.

  • Vérifier les joints de toutes les chambres froides (test feuille de papier coincée)
  • Installer des programmateurs sur les équipements non essentiels la nuit
  • Remplacer les tubes néon par des LED (ROI inférieur à 18 mois)
  • Régler les hottes sur vitesse variable selon l’intensité du service
  • Former le personnel à éteindre les plaques entre les services
  • Faire vérifier la puissance souscrite par un électricien (comparaison besoin réel)
  • Demander votre courbe de charge à Enedis (gratuit avec Linky)
  • Comparer au moins 3 offres fournisseurs avant renouvellement
  • Vérifier la version TURPE sur votre dernière facture
  • Planifier un audit énergétique (subventionné par certaines CCI)

Ces actions sont cumulables. Un restaurant qui applique les dix points peut espérer 10 à 20% d’économies sur sa facture annuelle. Sans investissement lourd.

  • LED : retour sur investissement rapide, éclairage durable
  • Programmateurs : coût négligeable, impact immédiat
  • Changement fournisseur : gratuit, sans coupure
  • Audit énergétique : nécessite disponibilité et suivi
  • Formation équipe : demande temps d’appropriation
  • Rénovation chambres froides : investissement significatif

Pour piloter ces optimisations dans la durée, des solutions de gestion pour TPE-PME permettent de suivre vos consommations et d’identifier les dérives avant qu’elles n’impactent votre trésorerie.

Limites et précautions

  • Les tarifs mentionnés sont indicatifs et varient selon le profil de consommation et la période de souscription
  • Les économies potentielles dépendent de nombreux facteurs spécifiques à chaque établissement
  • Les conditions contractuelles évoluent fréquemment sur le marché de l’énergie

Risques identifiés :

  • Risque de pénalités en cas de résiliation anticipée du contrat en cours
  • Risque de dépassement de puissance souscrite entraînant des surcoûts
  • Risque de mauvais choix d’option tarifaire si profil de consommation mal analysé

Organisme à consulter : courtier en énergie certifié ou conseiller CCI

La prochaine étape vous appartient : récupérez votre dernière facture, identifiez votre option tarifaire actuelle et votre puissance souscrite. Ces deux informations suffisent à démarrer une comparaison sérieuse. Votre marge de manœuvre est probablement plus importante que vous ne le pensez.

Rédigé par Sophie Bernard, consultante en optimisation énergétique pour les professionnels de la restauration depuis 2018. Elle a accompagné plus de 150 établissements dans la renégociation de leurs contrats d'électricité et l'optimisation de leur consommation, dont 40 restaurants en zone urbaine dense. Son expertise porte sur l'analyse des profils tarifaires, la comparaison des offres fournisseurs et l'identification des gisements d'économies. Elle intervient régulièrement en formation auprès des CCI et syndicats professionnels de la restauration.